Vous ne posséderez rien

Hilaire Belloc
Hilaire Belloc

Belloc était un homme de conviction, passionné et intègre. Certains le considéraient même comme fanatique. Mais il aurait certainement assumé cette appellation car selon lui, le fanatique, c’est l’homme qui « tient parole » malgré tout, mais pas n’importe quelle parole, pas « le paiement ponctuel du loyer », mais « la grande Parole que chaque Homme a donnée à Dieu avant que sa vie ne commence ». C’est pourquoi la façon dont Belloc a vécu peut éclairer ses idées, et plus particulièrement sa conception de la propriété, puisque c’est la « critique de la vie quotidienne » qui est la base de toute réflexion vivante. Orphelin de père à l’âge de deux ans, d’une famille cultivée mais ruinée par un krach boursier, Belloc ne fut pas un « révolutionnaire de métier », mais un travailleur acharné qui économisa sou après sou et qui l’investit, devenant lui-même un petit propriétaire terrien. Il épousa la femme qu’il aimait, et qui s’éteint prématurément, deux ans après la publication de l’Etat servile. Resté veuf alors qu’il avait encore quarante ans à vivre, il fut « un grand aventurier des temps modernes », c’est-à-dire qu’il fut père de famille, perdant un fils dans chacune des guerres mondiales. Avec les fruits de son travail, il s’acheta aussi un petit yacht et devint un marin aguerri. En somme, Belloc fut un homme ancré dans les réalités ordinaires, luttant contre les difficultés, appréciant les beautés et les richesses du monde et les fructifiant, à la fois pour son profit et celui des siens, à l’opposé d’un idéologue ascétique, qui peste seulement contre les injustices du monde, mais ne créé aucune valeur. Un marxiste dirait qu’il était petit-bourgeois. C’est vrai, et il aurait été fier de cette petitesse, car un « grand-bourgeois » est souvent un magnat tyrannique.

Ce que maintient Belloc, c’est que la question morale, économique et politique essentielle, ce n’est pas l’élimination du bourgeois, comme le souhaitaient les communistes, et qui a abouti à des crimes effroyables, mais c’est la taille du bourgeois. C’est à elle que peut se ramener le projet « distributiste » : dépecer les géants économico-politiques pour que les modestes forces de chacun retrouvent une certaine valeur pratique, pour que les efforts individuels pour s’élever vers une autonomie financière ne soient pas écrasés par des forces titanesques. Belloc restaure, à la fois par son exemple et par sa théorie, la grandeur morale de la petitesse. A son échelle, Belloc a accompli une sorte de « rêve américain », s’élevant socialement par le talent, le travail et l’épargne au rang de petit propriétaire, sans céder à la tentation d’une opulence obscène, ni à celle d’une pruderie agélaste.

Description

Lecture audio du texte de Hilaire Belloc par Mos Majorum et Radu Stoenescu pour la préface.

Format livré : MP3 / Durée approximative : 4h15.

Citations du livre

J’affirme que la ligne de moindre résistance, pour peu qu’elle soit suivie, conduit un État capitaliste à se transformer en un État servile. Je me propose de montrer que cela tient au fait que pour un État capitaliste la solution la plus facile à atteindre n’est pas une solution distributive mais une solution collectiviste, et que pourtant, dans l’acte même de tenter le collectivisme, ce qui en résulte n’est pas du tout le collectivisme, mais la servitude du plus grand nombre, et la confirmation dans leur privilège actuel du petit nombre; c’est-à-dire l’État servile.

L’homme pragmatique livré à lui-même ne donnerait pas naissance à l’État servile. Il ne produirait rien d’autre qu’une multitude de restrictions anarchiques qui conduiraient finalement à quelque révolte. Malheureusement, il n’est pas livré à lui-même. Il n’est que l’allié ou l’auxiliaire de grandes forces auxquelles il ne fait rien pour s’opposer, et d’individus particuliers, compétents et préparés en vue du travail de changement général, qui se servent de lui avec gratitude et mépris.

On peut dire au capitaliste: «Je veux vous déposséder, et en même temps je suis déterminé à ce que vos employés puissent avoir une vie tolérable.» Le capitaliste répondra: «Je refuse d’être dépossédé. À moins d’une catastrophe, il vous est du reste impossible de le faire. Mais si vous voulez bien définir la relation entre mes employés et moi, j’assumerai les responsabilités particulières dues à ma position. Soumettez le prolétaire, en tant que prolétaire et parce qu’il est prolétaire, à des lois particulières. Investissez-moi le capitaliste, en tant que capitaliste, et parce que je suis capitaliste, d’obligations particulières réciproques à ces lois. Je veillerai fidèlement à ce qu’elles soient respectées, j’obligerai mes employés à les respecter et j’assumerai le nouveau rôle que m’impose l’État. En fait, j’irai plus loin et je dirai qu’un tel arrangement novateur rendra mes propres profits peut-être plus importants et certainement plus sûrs.»

J’affirme que la ligne de moindre résistance, pour peu qu’elle soit suivie, conduit un État capitaliste à se transformer en un État servile. Je me propose de montrer que cela tient au fait que pour un État capitaliste la solution la plus facile à atteindre n’est pas une solution distributive mais une solution collectiviste, et que pourtant, dans l’acte même de tenter le collectivisme, ce qui en résulte n’est pas du tout le collectivisme, mais la servitude du plus grand nombre, et la confirmation dans leur privilège actuel du petit nombre; c’est-à-dire l’État servile.

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