Theodore Dalrymple est le pseudonyme d’Anthony Daniels, médecin psychiatre, né à Londres en 1949. Il est considéré comme « l’Orwell de notre époque » par plusieurs philosophes anglophones (David Pryce-Jones, Myron Magnet, Denis Dutton). Curieux de comprendre la méchanceté des hommes, il a beaucoup voyagé, notamment dans les pays communistes et en Afrique. De 1990 à 2005, il a travaillé dans l’hôpital attenant à la prison de Birmingham (Angleterre). Méditant sur ses expériences et ses rencontres souvent terribles, il a contribué à de nombreuses revues, comme The British Medical Journal et The Spectator, et ses essais ont été traduits en plusieurs langues.
Description
Zone et châtiment est la traduction française du best-seller Life at the Bottom et aborde la paupérisation de l’Angleterre, la destruction de la cellule familiale et les ravages des grandes idées d’une certaine élite progressiste. (Traduction, préface et notes de Radu Stoenescu – philosophe)
Citations du livre
« La police a perdu le courage ou la volonté précisément en même temps que se sont affaiblies, voire éteintes, les contraintes sociales informelles mais fortes sur le comportement personnel, qui faisaient autrefois de l’Angleterre un pays si civilisé – des contraintes telles que la peur du qu’en-dira-t-on. Cette absence de contraintes internes et externes a permis à l’homme « naturel » d’émerger, et loin d’être une créature délicieuse, il s’est révélé un psychopathe dépourvu de charme. L’homme est un loup pour l’homme, et plus particulièrement pour la femme. Naturellement, les tendances sociales ne touchent pas tous les secteurs de la société de la même manière. La faiblesse de la police affecte principalement les pauvres, ceux-là mêmes dont l’intelligentsia prétendait qu’ils bénéficieraient d’une police moins rude. Il est vrai que les classes moyennes n’ont pas été épargnées non plus: elles paient des primes d’assurance de plus en plus élevées pour leurs maisons et leurs voitures et s’inquiètent comme jamais des cambriolages. Même les cambrioleurs, en rentrant chez eux, pensent en premier: « Est-ce qu’on m’a cambriolé ? » Mais ce ne sont là que des préoccupations insignifiantes par rapport au sentiment d’insécurité personnelle omniprésent et permanent qu’éprouvent mes patients, où qu’ils se trouvent. Ils craignent les délinquants parce qu’ils savent que la police ne leur offre aucune protection.
Mes amis de la classe moyenne ont du mal à croire, et encore plus à comprendre, à quel point la peur de la criminalité domine la vie des habitants des quartiers pauvres. Un grand nombre de mes patients m’ont dit qu’ils sortaient le moins possible de chez eux par crainte d’être agressés ou cambriolés. Chaque semaine, je rencontre des patients qui l’ont été trois fois ou plus en une seule année ; la semaine dernière, j’ai reçu une patiente que les enfants de la maison voisine lapident – lui jettent littéralement des pierres, à chaque fois qu’elle sort de chez elle. Ils ont brisé ses fenêtres à d’innombrables reprises et ont enduit les murs de sa maison d’excréments pendant qu’elle était sortie. Personne n’a jamais été arrêté pour ces délits et elle a renoncé à en informer la police.
La prétention des intellectuels – qui n’a pas été sans effets pratiques dans le monde réel, hélas – que la police ne serait que le bras exécutif d’une bourgeoisie hypocrite déterminée à préserver ses biens mal acquis aux dépens des pauvres, est d’une superficialité terrifiante lorsqu’elle est confrontée à l’expérience des personnes qui souffrent de la faiblesse de la police. L’idée qu’un ordre social plus juste rendrait la police superflue est un non-sens utopique. Une force de police fiable et digne de confiance n’est pas un déni de liberté mais une condition préalable à son exercice. »
Je me rends à Paris environ quatre fois par an, et j’ai donc une idée de l’évolution des préoccupations des classes moyennes françaises. Voilà quelques années, c’était l’école: le système éducatif français tant vanté s’effondrait, l’analphabétisme augmentait, les enfants quittaient l’école aussi ignorants qu’ils y étaient entrés, et bien plus mal élevés. Mais depuis quelques années, c’est la criminalité: l’insécurité, les violences urbaines, les incivilités. Tout le monde a une histoire à raconter, et il n’est pas de dîner complet sans quelque anecdote terrifiante. Chaque crime ou délit, on le sent, signifie un vote pour Le Pen ou celui qui le remplacera.
J’ai observé l’insécurité pour la première fois en 2001. C’était juste à côté du boulevard Saint-Germain, dans un quartier où un appartement raisonnablement spacieux coûterait un million d’euros. Trois jeunes — des Roumains —tentaient ouvertement de forcer un parcmètre à l’aide de gros tournevis pour y voler les pièces. Il était quatre heures de l’après-midi, les trottoirs étaient bondés et les cafés voisins étaient pleins. Les jeunes se comportaient comme s’ils menaient juste une activité normale et légitime, sans rien à craindre.
Il est instructif d’écouter le langage qu’ils emploient pour décrire leur existence. Le langage des prisonniers, en particulier, en dit long sur le fatalisme malhonnête par lequel les gens cherchent à se justifier auprès des autres, en particulier lorsque ces derniers sont en mesure de les aider d’une manière ou d’une autre. En tant que médecin recevant une ou deux fois par semaine des patients dans une prison, je suis fasciné par l’utilisation par les détenus de la voix passive et d’autres tournures grammaticales qui sont censées désigner leur impuissance. Ils se présentent comme des marionnettes dont le hasard tire les ficelles. Dernièrement, un meurtrier est entré dans mon cabinet à la prison, peu après son arrestation, pour me demander une ordonnance de méthadone, à laquelle il était accro. Je lui ai dit que j’allais lui prescrire une dose de sevrage et que, dans un délai relativement court, je ne renouvellerais pas mon ordonnance. Il était exclu que je prescrive des doses régulières à un homme condamné à perpétuité. «Oui, c’est une chance d’être ici pour ce chef d’accusation», m’a-t-il répondu.
Une chance ? Il avait déjà purgé une douzaine de peines de prison, dont un grand nombre pour violence; une nuit, il était sorti avec un couteau, dont l’expérience aurait dû lui apprendre qu’il était enclin à l’utiliser. Mais c’était la victime du coup de couteau qui était responsable de son geste criminel: si elle n’avait pas été là, elle n’aurait certainement pas été poignardée. Ce meurtrier était loin d’être le seul à expliquer son acte par des circonstances indépendantes de sa volonté. Il se trouve que cette prison abrite présentement trois agresseurs à l’arme blanche (dont deux meurtriers) qui ont utilisé exactement la même expression lorsqu’ils m’ont décrit ce qui s’était passé. «Le couteau est parti tout seul», ont-ils déclaré lorsqu’on les a pressés de retrouver leurs souvenirs prétendument perdus de l’acte.
« La police a perdu le courage ou la volonté précisément en même temps que se sont affaiblies, voire éteintes, les contraintes sociales informelles mais fortes sur le comportement personnel, qui faisaient autrefois de l’Angleterre un pays si civilisé – des contraintes telles que la peur du qu’en-dira-t-on. Cette absence de contraintes internes et externes a permis à l’homme « naturel » d’émerger, et loin d’être une créature délicieuse, il s’est révélé un psychopathe dépourvu de charme. L’homme est un loup pour l’homme, et plus particulièrement pour la femme. Naturellement, les tendances sociales ne touchent pas tous les secteurs de la société de la même manière. La faiblesse de la police affecte principalement les pauvres, ceux-là mêmes dont l’intelligentsia prétendait qu’ils bénéficieraient d’une police moins rude. Il est vrai que les classes moyennes n’ont pas été épargnées non plus: elles paient des primes d’assurance de plus en plus élevées pour leurs maisons et leurs voitures et s’inquiètent comme jamais des cambriolages. Même les cambrioleurs, en rentrant chez eux, pensent en premier: « Est-ce qu’on m’a cambriolé ? » Mais ce ne sont là que des préoccupations insignifiantes par rapport au sentiment d’insécurité personnelle omniprésent et permanent qu’éprouvent mes patients, où qu’ils se trouvent. Ils craignent les délinquants parce qu’ils savent que la police ne leur offre aucune protection.
Mes amis de la classe moyenne ont du mal à croire, et encore plus à comprendre, à quel point la peur de la criminalité domine la vie des habitants des quartiers pauvres. Un grand nombre de mes patients m’ont dit qu’ils sortaient le moins possible de chez eux par crainte d’être agressés ou cambriolés. Chaque semaine, je rencontre des patients qui l’ont été trois fois ou plus en une seule année ; la semaine dernière, j’ai reçu une patiente que les enfants de la maison voisine lapident – lui jettent littéralement des pierres, à chaque fois qu’elle sort de chez elle. Ils ont brisé ses fenêtres à d’innombrables reprises et ont enduit les murs de sa maison d’excréments pendant qu’elle était sortie. Personne n’a jamais été arrêté pour ces délits et elle a renoncé à en informer la police.
La prétention des intellectuels – qui n’a pas été sans effets pratiques dans le monde réel, hélas – que la police ne serait que le bras exécutif d’une bourgeoisie hypocrite déterminée à préserver ses biens mal acquis aux dépens des pauvres, est d’une superficialité terrifiante lorsqu’elle est confrontée à l’expérience des personnes qui souffrent de la faiblesse de la police. L’idée qu’un ordre social plus juste rendrait la police superflue est un non-sens utopique. Une force de police fiable et digne de confiance n’est pas un déni de liberté mais une condition préalable à son exercice. »
Pour aller plus loin
- Télécharger la préface
- Interview de T. Dalrymple dans Le Figaro.
- Critique du livre sur Le JDD.
- Critique du livre sur Valeurs Actuelles.
- Podcast/interview de T. Dalrymple sur Frontières.
- Interview de T. Dalrymple sur Radio Courtoisie.
- Campagne de financement : https://fr.tipeee.com/dalrymple-en-francais
Dans le reste de notre catalogue...
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