ISBN: 978-2-493247-07-0

Le désir sexuel

Roger Scruton
Roger Scruton
Roger Scruton (1944-2020), philosophe britannique, a défendu avec conviction le conservatisme et les valeurs traditionnelles. Né dans un milieu modeste du Lincolnshire, il a tourné le dos aux idées socialistes de son père pour adopter une vision centrée sur la beauté, la communauté et la liberté. Diplômé de Cambridge, il a marqué les esprits dès 1980 avec The Meaning of Conservatism, devenant une voix forte contre le marxisme et le libéralisme radical. 
Scruton a joint l’action à la parole. Pendant la guerre froide, il a soutenu les dissidents d’Europe de l’Est, organisant des séminaires clandestins en Tchécoslovaquie pour promouvoir la liberté de pensée. Ses engagements ont montré son courage. Avec des ouvrages comme Beauty (2009) ou Fools, Frauds and Firebrands (2015), il a célébré la culture occidentale tout en critiquant ses excès. Installé dans une ferme du Wiltshire, il a vécu selon ses principes jusqu’à sa mort en 2020, laissant une trace qui interpelle encore. Il a écrit, au total, plus de cinquante livres, explorant la philosophie, l’esthétique et la politique avec une approche claire et directe.

Description

Première traduction française du livre de Sir Roger Scruton, Le désir sexuel, une enquête philosophique paru en 1986 sous le titre Sexual Desire: A Philosophical Investigation. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Citations du livre

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même ; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement « naturel ». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale « traditionnelle » paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »

 » La recherche de la douleur physique dans le commerce sexuel n’est pas en soi une perversion du désir. Elle est souvent, en réalité, une simple tentative de construire l’intentionnalité du désir dans des circonstances rendues défavorables par l’inhibition — par la barrière qui empêche qu’on soit « vaincu » par son propre corps, et donc par l’autre qui agit sur lui. Lorsque Sade décrit le désir de la dissolution d’autrui comme l’impulsion sexuelle principale, il songe peut-être, de façon exagérée, au premier mouvement du sadisme : à l’idée que, puisque je ne peux me fier à son sourire, je dois me fier à son gémissement. « 

“ Un art qui se concentre sur les organes sexuels ne sera pas érotique, mais obscène : il s’agira donc d’un art qui nie l’intentionnalité interpersonnelle du désir. Depuis toujours, l’obscénité se caractérise par cette focalisation sur les organes et les mécanismes de la rencontre sexuelle, au détriment de toute représentation individualisante des sujets eux-mêmes. Le scénario est bien connu : d’abord, une attention exclusive portée aux organes, un intérêt obsessionnel pour leurs particularités physiques ; ensuite, la tentative de condenser l’expérience sexuelle dans les seuls organes, d’en faire une sensation singulière, ce qui accentue l’idée des parties génitales comme « fruit défendu » — fruit de l’arbre de la connaissance, dont la dégustation fit naître la honte, les feuilles de figuier, et aussi — si Grégoire de Nysse dit vrai — le désir.”

« Au fil de mon raisonnement, j’essaierai d’expliquer pourquoi le désir sexuel a si souvent été considéré comme mystérieux ou paradoxal, et je montrerai que ces descriptions ne sont pas dénuées de fondement. Je proposerai aussi une assise philosophique pour une morale sexuelle, en défendant l’idée que l’on ne peut soustraire toute considération morale de l’acte sexuel sans, ce faisant, en détruire le caractère propre. Un préjugé moderne veut qu’il n’existe pas de morale proprement sexuelle. On estime que la moralité ne s’attache pas à l’acte sexuel en tant que tel, mais toujours à autre chose qui lui serait associé. On peut certes interdire, de manière légitime, la violence sexuelle, mais c’est en raison de la violence elle-même ; considéré en lui-même, abstrait de tout contexte fortuit, l’acte sexuel n’est ni bon ni mauvais, mais simplement « naturel ». Une telle position peut sembler intenable si on la confronte à l’immoralité évidente de la pédophilie ou du viol — des crimes qui semblent menacer non seulement l’existence même de l’autre en tant qu’être sexuel, mais aussi la vie sexuelle de leur auteur. Pourtant, la raison précise de rejeter ce préjugé moderne est difficile à cerner, et ce n’est qu’à la fin de cet ouvrage que le lecteur découvrira mes raisons de penser que l’acte sexuel est, et doit toujours être, limité par des scrupules moraux. Et, bien que je me montre parcimonieux dans mes conclusions morales — n’ayant ni l’espace ni l’ambition d’examiner tout ce qui devrait l’être pour élaborer une éthique sexuelle complète — j’espère qu’au moins certaines des idées issues de la morale « traditionnelle » paraîtront, à la lecture de ce livre, moins étranges qu’elles n’ont semblé à de nombreux auteurs que j’ai étudiés au cours de sa rédaction. » ch. 1. « Le problème »

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