ISBN: 978-2-493247-12-4

Tout le monde sait (précommande)

Timur Kuran
Timur Kuran
Timur Kuran (né en 1954), économiste et politologue turco-américain, a éclairé avec une acuité remarquable les mécanismes du mensonge social et de la falsification des préférences. Né à New York d’un père et d’une mère turcs étudiants à Yale, il grandit en Turquie après une enfance partagée entre deux mondes, ce qui nourrit sa sensibilité aux dynamiques culturelles et institutionnelles.
Formé à l’économie à Princeton (diplôme magna cum laude en 1977) puis à Stanford (doctorat en 1982 sous la direction de Kenneth Arrow), Kuran enseigna longtemps à l’Université de Californie du Sud avant de rejoindre Duke University, où il occupe la chaire Gorter Family Professor of Islamic Studies et est professeur d’économie et de science politique.
Son ouvrage majeur, Private Truths, Public Lies: The Social Consequences of Preference Falsification (1995), reste une contribution décisive. Kuran y développe le concept de falsification des préférences : le fait de dissimuler ses opinions réelles sous pression sociale. Il montre comment ce phénomène déforme les connaissances collectives, stabilise des régimes impopulaires et peut provoquer des ruptures soudaines et imprévues, comme l’effondrement du communisme en Europe de l’Est. Ce livre, traduit dans plusieurs langues, a profondément influencé l’étude des révolutions, de la persistance des inégalités et des dynamiques islamiques contemporaines.
Kuran a joint une analyse rigoureuse à une réflexion sur l’histoire économique du Moyen-Orient, notamment dans The Long Divergence (2010), où il explique comment les institutions islamiques ont freiné le développement de la région. Professeur charismatique et auteur prolifique, il dirige l’Association for Analytic Learning about Islam and Muslim Societies (AALIMS) et continue d’explorer les interactions entre préférences, institutions et changement social.Toujours actif, Timur Kuran incarne une pensée claire, interdisciplinaire et courageuse qui démasque les illusions collectives et interroge les fondements de nos vérités publiques. Son œuvre invite à une compréhension plus lucide des sociétés humaines et de leurs silences stratégiques.

Description

LIVRE EN PRECOMMANDE

Première traduction française du livre de Timur Kuran, Private Truths, Public Lies: The Social Consequences of Preference Falsification paru en 1995. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Citations du livre

Une expression qui capture exactement le sens de la falsification des préférences est celle de
« vivre dans le mensonge ». Elle a été forgée par les dissidents d’Europe de l’Est durant le long
hiver des dictatures communistes, car ils jugeaient également leur vocabulaire insuffisant. Vivre
dans le mensonge, c’est être accablé par son propre mensonge. La source de ce fardeau peut être la
culpabilité éprouvée pour avoir fui sa responsabilité sociale, la colère d’avoir manqué à ses propres
exigences morales, ou le ressentiment d’avoir été conduit à supprimer son individualité. Quelle
que soit la nature de l’inconfort, celui-ci s’avère persistant. Certes, tout mensonge ne produit pas
de malaise. La guichetière qui feint de coopérer avec un braqueur pour gagner du temps et permettre l’intervention de la police n’est pas nécessairement accablée par son mensonge. De même,
si vous louez le décor de votre hôte uniquement pour lui faire plaisir, sans souci de protéger
votre propre réputation, l’acte est peu susceptible de peser sur vous. Vous n’avez ni culpabilité,
ni colère, ni ressentiment à endurer; le mensonge n’est donc pas ici une instance de falsification
des préférences.

Les efforts pour fausser la perception de l’opinion publique prennent diverses autres formes.
Les lobbies insistent sur les sondages montrant que leurs positions sont populaires et tentent de
discréditer les sondages défavorables. Ils manipulent les enquêtes par la sélection et la formulation des questions. Ils gonflent les taux de participation à leurs rassemblements, appels téléphoniques, grèves et boycotts. Et par le biais d’instruments tels que les manuels scolaires, les articles
d’opinion et les manifestations de masse, ils s’efforcent de faire accepter leurs positions comme
« normales », comme des positions que des personnes respectables considèrent raisonnables,
bénéfiques et efficaces.19 Ces efforts aident également, nous le verrons, à modeler les convictions
et préférences privées. Mais l’objectif immédiat est généralement de contrôler la perception de
l’opinion publique prévalente.

La falsification des préférences est une forme d’incohérence personnelle, et Festinger accorde
une attention considérable aux efforts que les gens déploient pour surmonter la dissonance qui
en résulte. Ses expériences montrent que lorsqu’une personne s’accommode d’une pression sociale pour obtenir une récompense importante ou éviter une punition sévère, sa préférence privée
change peu, voire pas du tout. Mais lorsque l’incitation est tout juste suffisante pour obtenir son
acquiescement, sa préférence privée subit une transformation majeure.

Une expression qui capture exactement le sens de la falsification des préférences est celle de
« vivre dans le mensonge ». Elle a été forgée par les dissidents d’Europe de l’Est durant le long
hiver des dictatures communistes, car ils jugeaient également leur vocabulaire insuffisant. Vivre
dans le mensonge, c’est être accablé par son propre mensonge. La source de ce fardeau peut être la
culpabilité éprouvée pour avoir fui sa responsabilité sociale, la colère d’avoir manqué à ses propres
exigences morales, ou le ressentiment d’avoir été conduit à supprimer son individualité. Quelle
que soit la nature de l’inconfort, celui-ci s’avère persistant. Certes, tout mensonge ne produit pas
de malaise. La guichetière qui feint de coopérer avec un braqueur pour gagner du temps et permettre l’intervention de la police n’est pas nécessairement accablée par son mensonge. De même,
si vous louez le décor de votre hôte uniquement pour lui faire plaisir, sans souci de protéger
votre propre réputation, l’acte est peu susceptible de peser sur vous. Vous n’avez ni culpabilité,
ni colère, ni ressentiment à endurer; le mensonge n’est donc pas ici une instance de falsification
des préférences.

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