ISBN: 978-2-493247-10-0

Le Déni de la mort (précommande)

Ernest Becker
Ernest Becker
Ernest Becker (1924-1974), anthropologue culturel et théoricien américain, a exploré avec une profondeur saisissante la condition humaine confrontée à la mort et à l’illusion. Né dans une famille juive modeste de Springfield, Massachusetts, il grandit dans un contexte marqué par la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, expériences qui nourrirent son intérêt pour la vulnérabilité et le courage humains.
Formé en anthropologie à l’université de Syracuse, Becker développa une pensée originale qui mêlait psychanalyse, anthropologie et philosophie existentialiste. Il s’opposa aux approches behavioristes et réductionnistes dominantes de son époque, défendant une vision holistique de l’homme comme être à la fois héroïque et tragique. Son œuvre majeure, The Denial of Death (1973), couronnée par le prix Pulitzer, révéla comment l’angoisse de la finitude pousse les individus et les sociétés à construire des systèmes symboliques (cultures, religions, idéologies) pour se sentir immortels. Becker joignit une vie intellectuelle intense à un combat personnel contre la maladie. Atteint d’un cancer du côlon, il rédigea son dernier livres avec une lucidité et une urgence remarquables:  Escape from Evil (publié à titre posthume en 1975, et qui sera traduit chez Carmin en 2027).
Professeur charismatique, il enseigna à plusieurs universités américaines et influença durablement des penseurs comme Irvin Yalom, Sheldon Solomon et la psychologie de « la gestion de la terreur » (terror management theory). Malgré une carrière relativement courte, interrompue par sa mort à l’âge de 49 ans, Ernest Becker laissa une œuvre puissante et intemporelle. Avec une écriture claire, passionnée et accessible, il interroge encore aujourd’hui notre besoin de sens, notre quête d’héroïsme et les mécanismes par lesquels nous fuyons la réalité de notre finitude. Il reste l’un des grands explorateurs du « désir d’immortalité » qui structure l’existence humaine.

Description

LIVRE EN PRECOMMANDE

Ce livre est traduit et publié grâce au soutien du Centre National du Livre (CNL) et à la générosité de M. Pierre Porthaux. 

Première traduction française du livre de Ernest Becker, The Denial of Death paru en 1973 et récompensé par un prix Pulitzer non-fiction en 1974. (Traduction et notes : Radu Stoenescu, philosophe)

Citations du livre

« Nous n’entrons en contact avec les autres que par notre apparence extérieure, physiquement et visiblement ; pourtant, chacun de nous porte en soi une vie intérieure très riche, un moi intime et secret. En réalité, nous sommes en quelque sorte divisés en deux : le moi et le corps ; l’un caché, l’autre exposé. L’enfant apprend très vite à cultiver ce moi privé
car cela érige une barrière entre lui et les exigences du monde. Il apprend qu’il peut garder des secrets — au début, un fardeau atroce et intolérable : il semble que le monde extérieur ait tout à fait le droit de pénétrer dans son for intérieur et que ses parents pourraient le faire automatiquement s’ils le souhaitaient — ils semblent toujours savoir exactement ce qu’il pense et ressent. Mais il découvre ensuite qu’il peut mentir sans être démasqué : c’est un
grand moment de libération, ce premier mensonge angoissé — il représente l’affirmation de son droit à un moi intérieur intégral, à l’abri des regards indiscrets du monde. À l’âge adulte, nous sommes passés maîtres dans l’art de la dissimulation, dans celui de cultiver un moi que le monde ne peut sonder. Mais nous en payons le prix. Après des années passées à repousser les gens,
à protéger notre moi intérieur, à le cultiver en vivant dans un monde différent, à meubler ce monde de nos fantasmes et de nos rêves — nous constatons que nous sommes irrémédiablement séparés de tous les autres. Nous sommes devenus les victimes de notre propre art. Nous touchons les gens à l’extérieur de leur corps, et eux nous touchent, mais nous ne pouvons pas atteindre leur for intérieur et ne pouvons pas leur révéler le nôtre.« 

« Nous voyons ainsi le paradoxe que l’évolution nous a légué. Si l’homme est le seul animal dont la conscience de soi lui confère une dignité hors du commun au sein du règne animal, il en paie également un prix tragique. Le fait que l’enfant doive d’abord s’identifier signifie que sa toute première identité est un produit social. Son habitation de son propre corps se construit de l’extérieur vers l’intérieur, et non de l’intérieur vers l’extérieur. Ce n’est pas lui qui se déploie dans le monde, mais le monde qui se déploie en lui. Alors que l’enfant répond aux symboles vocaux appris de son objet, il donne souvent l’impression pathétique d’être une véritable marionnette sociale, tirée par des symboles et des sons étrangers. Quel parent sensible ne voit pas sa satisfaction teintée de tristesse lorsque l’enfant répète avec un tel sérieux vital les petits symboles qu’on lui enseigne ? »

« Le monde des aspirations humaines est en grande partie fictif, et si nous ne comprenons pas cela, nous ne comprenons rien à l’homme »

« Nous n’entrons en contact avec les autres que par notre apparence extérieure, physiquement et visiblement ; pourtant, chacun de nous porte en soi une vie intérieure très riche, un moi intime et secret. En réalité, nous sommes en quelque sorte divisés en deux : le moi et le corps ; l’un caché, l’autre exposé. L’enfant apprend très vite à cultiver ce moi privé
car cela érige une barrière entre lui et les exigences du monde. Il apprend qu’il peut garder des secrets — au début, un fardeau atroce et intolérable : il semble que le monde extérieur ait tout à fait le droit de pénétrer dans son for intérieur et que ses parents pourraient le faire automatiquement s’ils le souhaitaient — ils semblent toujours savoir exactement ce qu’il pense et ressent. Mais il découvre ensuite qu’il peut mentir sans être démasqué : c’est un
grand moment de libération, ce premier mensonge angoissé — il représente l’affirmation de son droit à un moi intérieur intégral, à l’abri des regards indiscrets du monde. À l’âge adulte, nous sommes passés maîtres dans l’art de la dissimulation, dans celui de cultiver un moi que le monde ne peut sonder. Mais nous en payons le prix. Après des années passées à repousser les gens,
à protéger notre moi intérieur, à le cultiver en vivant dans un monde différent, à meubler ce monde de nos fantasmes et de nos rêves — nous constatons que nous sommes irrémédiablement séparés de tous les autres. Nous sommes devenus les victimes de notre propre art. Nous touchons les gens à l’extérieur de leur corps, et eux nous touchent, mais nous ne pouvons pas atteindre leur for intérieur et ne pouvons pas leur révéler le nôtre.« 

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